Fiche de formation · Précepte

Événement · Perception · Émotion

Cette fiche pose le précepte non comme une information à réciter, mais comme une mécanique à faire comprendre : ce qui détermine l’état intérieur n’est pas directement le fait vécu, mais l’histoire qui en est faite à partir des références, du sens et des croyances de la personne.

Phrase d’ancrage

Ce que tu ressens n’est pas fabriqué uniquement par la situation. C’est la manière dont tu la perçois, à partir de l’histoire sur laquelle tu t’appuies, qui produit ton mouvement intérieur.

Intention pédagogique

Faire comprendre que l’événement n’est pas le problème central. Le point de travail se situe dans l’histoire : la manière dont la personne attribue du sens au fait à partir de ses références. Tant que cette mécanique n’est pas vue, l’émotion est vécue comme une fatalité, et la personne reste collée à son histoire au lieu de retrouver une capacité de pilotage.

Ce qui doit être compris

Événement

Le fait, la situation, le déclencheur. Ce qui s’est réellement passé, observable.

Perception

L’histoire faite autour du fait, appuyée sur des références, des croyances, une histoire que le cerveau raconte.

Émotion

La conséquence intérieure produite par cette histoire : ce que la personne ressent.

Le cœur du précepte est là : un même événement ne produit pas automatiquement la même émotion chez tout le monde, parce que chacun ne le lit pas avec la même histoire intérieure.

Exemples concrets

Universel

Événement : une personne te dépasse en voiture et te klaxonne.

Histoire possible : « Il me manque de respect », « Les gens sont dangereux », ou « Il est peut-être pressé ou en difficulté ».

Émotions possibles : colère, peur, ou simple vigilance, selon l’histoire.

Professionnel

Événement : ton responsable relit ta présentation et change plusieurs slides sans commentaire.

Histoire possible : « Mon travail n’est jamais assez bien », « Il m’aide à améliorer », ou « Il veut simplement aligner avec la stratégie globale ».

Émotions possibles : découragement, motivation, ou neutralité concentrée.

Famille / proche

Événement : un ado rentre, dit juste « ça va » et file dans sa chambre.

Histoire possible : « Il m’ignore », « Il ne m’aime plus », ou « Il a juste besoin de souffler après sa journée ».

Émotions possibles : tristesse, insécurité, ou calme curieux qui laisse l’espace.

Le contenu extérieur ne change pas, mais la « voix off » intérieure qui raconte l’histoire transforme entièrement le ressenti.

Architecture du raisonnement

1
Partir du fait. Nommer la situation la plus simplement possible, sans la charger d’interprétation.
2
Faire apparaître l’histoire. Demander ce que la personne s’est raconté, ce qu’elle a conclu, ce qu’elle a cru, ce qu’elle a projeté.
3
Nommer la référence. Montrer que cette histoire s’appuie toujours sur quelque chose : une croyance, une mémoire, une habitude, une attente, une peur.
4
Relier à l’émotion. Mettre en lien l’histoire avec l’émotion produite, pour que la personne voie le chemin complet « fait → histoire → ressenti ».
Métaphore

Imagine que l’événement soit comme un paysage vu à travers une vitre. La vitre représente ton histoire : si elle est teintée de peur, tout paraît menaçant ; si elle est teintée de confiance, le même paysage semble simplement vivant et mouvementé. Ce n’est pas le paysage qui change en premier, c’est la couleur de la vitre à travers laquelle tu regardes.

Exercice en un bloc

Inviter les participants à partir d’une situation courte et concrète : un message resté sans réponse, une remarque perçue comme agressive, un changement d’organisation, un regard, un silence, une critique, un refus.

Leur demander de distinguer trois niveaux sans les mélanger : 1) ce qui s’est réellement passé ; 2) l’histoire qu’ils ont construite ou imaginée à partir de là ; 3) ce qu’ils ont ressenti.

Les amener ensuite à repérer sur quoi leur histoire s’appuie : peur, croyance, besoin de reconnaissance, anticipation, souvenir, scénario intérieur. L’objectif de l’exercice n’est pas de débattre de qui a raison, mais de faire toucher du doigt que l’émotion suit l’histoire, et que l’histoire dépend d’une structure intérieure déjà là.

Posture d’animation

La posture de l’animateur est de ramener en permanence le groupe vers le vertical : de l’extérieur vers l’intérieur. Dès que les participants partent en horizontal (parler des autres, de l’événement, de ce qui aurait dû se passer, des torts et des raisons), il les invite à revenir à ce qui se passe en eux : leur perception, l’émotion vécue, l’histoire qu’ils se racontent autour de l’événement.

L’enjeu n’est pas de résoudre la situation ni d’analyser les personnes, mais d’aider chacun à voir où se trouve son pouvoir de pilotage : on ne peut pas changer l’événement, on ne peut pas décider directement de l’émotion, mais on peut faire évoluer la perception et l’histoire associées au fait. L’animateur reste donc attentif aux moments où le groupe s’éloigne du savoir-être et utilise quelques questions clés pour ramener à la verticalité et à l’alignement intérieur.

Questions utiles

  • Qu’est-ce qui s’est passé, factuellement ?
  • Quelle histoire as-tu raconté à partir de ça ?
  • Sur quoi t’es-tu appuyé pour construire cette histoire ?
  • Qu’est-ce que cette histoire a produit en toi ?
  • Est-ce l’événement qui t’a fait vivre cela, ou l’histoire que tu en as faite ?
  • Si l’histoire bouge, qu’est-ce qui change dans l’émotion et dans la suite ?

Liens avec les autres préceptes

Croyances

La perception dépend des croyances, et la croyance crée la référence qui crée une évidence. Elles viennent ou sont construites par l'éducation, l'environnement et l'imaginaire.

Prendre conscience de cette boucle permet de voir qu’il est utile de travailler sur ses croyances : on ne voit que ce qu’on croit, et en faisant bouger les croyances, on agit sur nos perceptions.

Imaginaire & lois du cerveau

Le cerveau a horreur du vide : dès qu’il manque des éléments, il remplit automatiquement avec l’imaginaire, en « complétant » l’histoire à partir de ce qui est déjà connu et perçu.

Le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire : ce que je me raconte ou imagine est traité comme un vrai événement.

Une perception nourrit la croyance, qui est nourrie par l’imaginaire, qui nourrit la croyance à son tour ; si cette boucle est nourrie de façon consciente et vertueuse, on s'aligne.

Puissance des mots

Les mots que nous utilisons sont à choisir avec précision : ils traduisent et structurent la perception, donc influencent directement l’émotion que nous associons à un événement.

Dire « c’est catastrophique » ou « c’est inconfortable » ne mène pas au même ressenti.

Les mots que j’emploie vont aussi nourrir l’imaginaire dans un sens ou dans l’autre, et créer et entretenir des croyances limitantes ou soutenantes selon mes choix de vocabulaire.

Intention / Attention

L’intention pilote l’attention, et l’attention détermine où va mon énergie dans la perception de l’événement.

Si je ramène sans cesse un événement passé compliqué et que j’y repense en boucle, je vais revivre en continu la même émotion désagréable, au point que cette émotion peut devenir automatique dans des situations similaires.

Là où je mets mon attention va mon énergie, et je viens nourrir soit une boucle émotionnelle entretenue par la peur, soit une boucle plus vertueuse qui s’aligne avec mon but et mon intention.

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