Les 9 fonctions cérébrales · Moteur et entraînement
Les fonctions cérébrales sont des capacités de base de ton cerveau, comme un moteur avec plusieurs pièces qui travaillent ensemble pour te permettre de t’adapter. Quand elles sont bien réglées, elles soutiennent tout ton pilotage ; quand elles sont bloquées dans un contexte précis, c’est ce réglage qu’il faut déverrouiller, pas la personne entière.
L’objectif de cette séquence est d’aider à nommer les neuf fonctions, à montrer qu’elles ne sont pas « abîmées partout », et à installer l’idée qu’on peut les rééduquer par l’entraînement, exactement comme on entraîne un muscle ou une compétence sportive, avec les phases d’apprentissage et la répétition dans le temps.
Une fonction cérébrale n’est pas cassée dans toute ta vie : elle est bloquée dans certains contextes. Comme pour un sport, plus tu l’entraînes au bon endroit, plus elle se débloque et fonctionne.
Ce qui doit être compris
Les neuf fonctions cérébrales sont des capacités de base : concentration, imagination, responsabilité, apprentissage-mémoire, faculté de récupération, voies de récompense cérébrale, capacité à faire confiance, conscience d’éveil, compréhension. Ce sont des pièces du moteur, pas des étiquettes figées sur la personne.
Une fonction ne se bloque pas dans tous les contextes : on peut être très concentré sur une activité de loisirs et perdu dès qu’il s’agit de traiter un dossier, très responsable au travail et en difficulté totale sur la nourriture, le poids ou le sommeil. On regarde donc le contexte où ça bloque, pas « le caractère ».
Quand une fonction est bloquée, c’est l’usage dans un domaine précis qu’il faut rééduquer. Comme pour un entraînement sportif, on choisit la fonction, on choisit le contexte, on pose une intention claire et on répète dans la durée : c’est cette répétition qui fait passer de « je n’y arrive pas » à « ça devient plus naturel ».
Le formateur insiste sur la logique d’entraînement : aucune compétence ne s’installe en quelques minutes, et les fonctions cérébrales obéissent aux mêmes lois que les autres apprentissages (phases d’apprentissage, répétition, discipline).
Architecture du raisonnement
Les 9 fonctions et pistes de rééducation
Capacité à tenir ton focus là où tu veux vraiment, au lieu de te laisser happer par toutes les distractions. Si ton système de concentration (le « focus ») est bloqué, tu as du mal à garder un cap, même quand tu sais ce que tu dois faire.
On voit souvent des personnes capables de rester des heures sur les réseaux ou une série, mais qui décrochent dès qu’il s’agit de lire un document ou d’avancer sur un projet.
- Exemple de contexte : capable de rester concentré sur des vidéos pendant une heure, mais impossible de rester dix minutes sur un rapport sans regarder son téléphone.
- Exercice d’entraînement : choisir une tâche courte et précise (5 à 10 minutes), couper les distractions (téléphone, onglets ouverts), décider à l’avance : « Pendant ce temps-là, je reste sur cette tâche, même si je m’ennuie. » Augmenter progressivement la durée en répétant chaque jour.
Capacité à te voir faire, à prendre conscience de ce qui se joue en toi au moment où tu agis, au lieu de fonctionner en pilote automatique. Quand cette fonction est bloquée, tu peux parler de changement sans jamais te voir vraiment fonctionner.
Certaines personnes peuvent expliquer le savoir-être pendant des années sans changer concrètement, parce que leur conscience d’éveil reste au point mort.
- Exemple de contexte : capable d’expliquer à tout le monde comment gérer les conflits, mais répète les mêmes réactions à la maison ou au travail sans jamais se remettre en question.
- Exercice d’entraînement : chaque soir, choisir une situation marquante de la journée (tension, fatigue, blocage) et noter simplement : « Qu’est-ce que j’ai fait concrètement ? », puis « Qu’est-ce que ça montre sur ma manière de fonctionner ? ». Reprendre régulièrement ces notes pour voir l’évolution.
Capacité à projeter des scénarios. L’imaginaire peut servir à anticiper, créer, trouver des solutions, ou bien à fabriquer des films catastrophes qui épuisent et paralysent. Quand la fonction est bloquée sur le négatif, tout est vécu comme une menace.
Le problème n’est pas que l’imagination parte parfois dans des scénarios négatifs, c’est qu’elle ne fasse plus que ça, nourrie par la peur et l’anticipation du pire.
- Exemple de contexte : après un message ou un mail, la personne se raconte tout un film (conflit, rejet, échec) alors que l’événement est minime, et reste bloquée dans son anxiété.
- Exercice d’entraînement : dès qu’un scénario catastrophe se met en place, le repérer (« Là, je suis dans mon imaginaire »), puis s’imposer trois scénarios : un scénario « pire », un scénario « neutre » et un scénario « constructif ». L’objectif est de redonner du choix à l’imaginaire, pas de nier la peur.
Capacité à intégrer ce que tu vis et ce que tu apprends, pour ne pas revivre les mêmes situations comme si c’était la première fois. Si cette fonction est bloquée, tu peux entendre cent fois la même chose sans que ça se transforme en compétence.
Pour un enfant, par exemple, si cette fonction ne suit pas, l’école devient un lieu de répétition sans intégration : on répète, répète, répète, mais rien ne se dépose.
- Exemple de contexte : la personne vit plusieurs fois le même type de conflit ou d’échec professionnel et conclut « je suis nul », plutôt que de voir ce qu’elle pourrait apprendre de ce qui se répète.
- Exercice d’entraînement : après un événement marquant (succès ou échec), noter deux choses : « Qu’est-ce que j’ai compris ? » et « Qu’est-ce que je ferai différemment la prochaine fois ? ». Relire régulièrement pour soutenir la loi de répétition et installer la mémoire active.
Capacité à faire du sens, à voir la mécanique derrière les événements plutôt que de rester dans « c’est comme ça ». Quand la compréhension est bloquée, on reste coincé dans l’histoire sans voir le fil conducteur.
On passe du récit « il s’est passé ça » à « voilà la mécanique qui se répète chez moi », ce qui permet ensuite de piloter.
- Exemple de contexte : une personne se plaint de toujours tomber sur le même type de collègue ou de partenaire, mais ne voit pas le point commun dans sa manière de réagir, de fixer ses limites ou de choisir.
- Exercice d’entraînement : quand une situation se répète, se poser : « Qu’est-ce qui est identique aux fois précédentes ? », « Qu’est-ce qui, chez moi, ne change pas ? ». Chercher la loi derrière l’événement (principe, croyance, habitude) au lieu d’ajouter des détails à l’histoire.
Capacité à arrêter de mettre le problème uniquement à l’extérieur et à reprendre le pilotage de ce que tu fais de la situation. Quand la fonction responsabilité est bloquée, on reste en position de victime ou on nie l’impact de ses propres intentions.
Quand elle se rééquilibre, on peut reconnaître une intention négative, la corriger et renforcer aussi le côté constructif.
- Exemple de contexte : très responsable au travail (projets, délais, équipe), mais dès qu’il s’agit de nourriture, de poids ou de sommeil, tout est mis sur « le contexte », « le stress », sans jamais reprendre la main sur les choix faits.
- Exercice d’entraînement : après une tension, distinguer clairement « mon intention était… » et « le résultat pour l’autre a été… ». Quand l’intention était de faire mal, le reconnaître et s’excuser ; quand l’intention était juste et que l’autre le vit autrement, rester clair sur sa position sans se détruire. Cet exercice rééquilibre la fonction responsabilité dans les deux sens.
Capacité à revenir à un état d’équilibre après un choc, un effort ou une période difficile. Quand cette fonction est bloquée, la personne accumule les charges jusqu’à ce que tout déborde : le verre est déjà plein, la moindre goutte fait tout exploser.
Beaucoup « encaissent » mais ne récupèrent jamais vraiment : la capacité reste petite, tout est saturé, et le moindre événement fait déborder.
- Exemple de contexte : très impliqué au travail et en famille, mais jamais de vrai temps de retour à soi. À la moindre contrariété, les réactions sont disproportionnées parce que la faculté de récupération n’a pas été nourrie.
- Exercice d’entraînement : après chaque période chargée (journée de travail, conflit, événement émotionnel), mettre en place un rituel court de récupération (marche, respiration, douche, silence, musique) et le faire systématiquement, même cinq minutes. L’objectif est d’apprendre au système à « revenir à zéro » après l’effort.
Manière dont ton cerveau associe certaines actions à une récompense (plaisir, soulagement, fierté) immédiate ou à long terme. Quand ces voies sont bloquées ou mal réglées, tu peux donner de bonnes récompenses dans un domaine et des récompenses destructrices dans un autre.
Par exemple, bien associer le travail fourni à une satisfaction, mais se « récompenser » systématiquement par de la nourriture, des boissons ou des écrans au détriment de la santé.
- Exemple de contexte : capable de se donner une vraie satisfaction après un bon travail, mais, dès que c’est pour prendre soin de soi (vêtements, hygiène de vie, temps pour soi), aucune récompense n’est activée, on remet toujours à plus tard.
- Exercice d’entraînement : choisir une petite action constructive (ranger un espace, faire un appel important, marcher 10 minutes) et lui associer volontairement une récompense saine juste après (pause, boisson, musique, moment agréable). Répéter jusqu’à ce que le cerveau relie automatiquement l’effort utile à une récompense ajustée.
Capacité à te fier à toi, à la vie, aux autres fiables, plutôt que de tout verrouiller. Quand la fonction confiance est bloquée, tout devient menace, le contrôle prend toute la place, et l’adaptation devient très coûteuse.
Faire confiance ne veut pas dire tout accepter ni être naïf, mais accepter d’ouvrir un peu le système avec du discernement.
- Exemple de contexte : contrôler tous les détails au travail ou en famille, ne jamais déléguer, puis se plaindre d’être épuisé, tout en restant persuadé que « personne ne peut faire aussi bien ».
- Exercice d’entraînement : dans un domaine limité et sécurisé, confier une petite tâche ou accepter une aide ponctuelle, en observant ensuite ce qui s’est réellement passé plutôt que de rester sur l’ancien scénario de peur. Noter ce que la réalité montre, et non ce que l’imaginaire avait anticipé.
Exemples pour illustrer
Universel
Une personne peut être extrêmement concentrée sur une plateforme de vidéos ou une série, retenir les moindres détails des personnages, et pourtant perdre le fil dès qu’elle ouvre un document administratif. La même fonction de concentration fonctionne à plein régime dans le loisir, mais se bloque dès qu’il s’agit d’un contexte administratif.
L’animateur peut s’appuyer sur cette situation pour montrer que la fonction existe déjà et qu’il s’agit de la déplacer vers d’autres domaines.
Professionnel
Dans un service, une personne peut assumer une grande responsabilité sur l’organisation, les plannings, les dossiers, mais dès qu’il s’agit de poser une limite ou de dire non à une demande supplémentaire, ses voies de récompense et sa capacité à faire confiance se bloquent : elle cherche la reconnaissance en acceptant tout, au détriment de sa récupération.
Le travail portera alors sur la responsabilité (oser poser un cadre), la récompense (se sentir légitime quand elle se respecte) et la récupération (créer de vrais temps de retour à soi).
Famille / couple
En famille, quelqu’un peut être très présent pour tout le monde, prendre soin, organiser, anticiper, mais exploser pour des détails parce que sa faculté de récupération est saturée et que son imaginaire ressasse sans arrêt les anciennes tensions. Au moindre « goutte d’eau », le verre déborde.
Le formateur montre comment un rituel de récupération et un travail sur l’imaginaire (ne pas rester uniquement sur les scénarios de conflit) peuvent changer la dynamique.
Exercice
Proposer au groupe de partir d’une situation concrète et récente où la personne a été en difficulté (procrastination, conflit, fatigue, auto-sabotage, peur). Chacun décrit brièvement le contexte, puis se pose la question : « Ici, quelle est la fonction principale qui semble bloquée ? » (concentration, imaginaire, responsabilité, etc.).
L’animateur invite ensuite à regarder un autre domaine de vie où cette même fonction fonctionne bien (par exemple, concentration excellente sur un loisir, responsabilité forte au travail). L’idée est de faire sentir que la fonction est disponible, mais bloquée dans un contexte précis, et de choisir un micro-exercice d’entraînement adapté à cette fonction pour les jours suivants.
À chaque partage, l’animateur se pose intérieurement la question : « Dans ce que la personne raconte, quelle fonction est surtout bloquée ici ? » et s’entraîne lui-même à répondre à partir des fonctions plutôt qu’à partir d’étiquettes.
Posture d’animation
- Ramener au vertical dès que le groupe part sur le système, les autres, le contexte : « Dans ce que tu vis là, quelle fonction chez toi est surtout bloquée ? » plutôt que « Qui a tort dehors ? ».
- Parler des fonctions comme d’un moteur à régler, pas comme d’un verdict : éviter les étiquettes définitives, revenir à « dans ce domaine, ta fonction de… est bloquée ».
- Utiliser le parallèle avec l’entraînement sportif : montrer qu’on ne débloque pas une fonction en une séance, que la loi de répétition et la discipline sont les mêmes pour le cerveau que pour un sport, sans dramatiser les « ratés » de début de parcours.
- Garder un langage simple, direct, respectueux : pas de vocabulaire grossier, pas de sur-psychologisation, mais une explication claire des mécanismes en lien avec le vécu concret des personnes.
- Inviter les participants à nommer eux-mêmes la fonction en jeu : « À ton avis, quelle fonction est surtout bloquée chez toi ici ? », pour renforcer leur autonomie de repérage.
Questions utiles
- Dans cette situation précise, quelle fonction cérébrale est surtout bloquée chez toi ?
- Dans quel autre domaine de ta vie cette fonction fonctionne bien ? Qu’est-ce qui est différent là-bas ?
- Qu’est-ce que tu répètes sans t’en rendre compte (réaction, fuite, scénario) et qui montre une fonction bloquée ?
- Si tu voyais cette fonction comme un muscle ou une compétence sportive, quel petit entraînement régulier pourrais-tu mettre en place ?
- Comment sauras-tu que la fonction commence à se débloquer ? Qu’est-ce qui sera différent dans tes réactions concrètes ?