Fiche de formation · Précepte

De l’horizontal au vertical

Ce précepte pose le cadre global de la méthode : il distingue le réflexe horizontal, où l’on cherche dehors la cause, le responsable ou la solution, de la démarche verticale, où l’on revient à ce que la situation touche en soi pour reprendre la responsabilité de son expérience.

L’objectif est de sortir du blâme, de la plainte et de la dépendance aux comportements d’autrui pour revenir au pilotage intérieur, à la qualité de présence et à la capacité de se positionner de manière cohérente, quel que soit le contexte.

Phrase d’ancrage

Phrase clé à poser clairement
Quand tu passes ton temps à chercher le coupable dehors, tu te coupes de l’endroit où tu peux vraiment reprendre la main : dedans.

Ce qui doit être compris

1. L’axe horizontal
L’horizontal, c’est le réflexe de lire les situations à travers le prisme du « à cause de » : à cause de l’autre, du système, des circonstances, de la direction, du contexte. On reste tourné vers l’extérieur, dans le blâme, la justification, la plainte ou la recherche de preuve que le problème vient d’ailleurs. Plus on reste en horizontal, plus le sentiment d’injustice, d’impuissance et de saturation augmente, sans que la capacité de gestion réelle ne bouge.
2. L’axe vertical
Le vertical, c’est le mouvement de revenir à ce que la situation vient toucher en soi : valeurs, besoins, peurs, blessures, croyances, manière de se définir. Il ne s’agit pas de nier la réalité extérieure, mais de reprendre la responsabilité de ce que l’on fait de ce qui arrive et de la façon dont on se positionne. La verticalité permet de retrouver de l’ancrage, du discernement, de la cohérence et une vraie marge de manœuvre, là où l’horizontal laisse la personne dépendante du comportement des autres et du système.
3. Le cadre de la méthode
Ce précepte rappelle que le travail ne commence pas par « changer les autres » ou « réparer le système », mais par l’ajustement du pilotage intérieur. Plus la personne comprend cette bascule horizontal / vertical, plus elle peut utiliser les autres préceptes (perception, croyances, imaginaire, intention / attention…) comme des leviers concrets plutôt que comme des concepts théoriques. L’enjeu n’est pas de se culpabiliser, mais de voir que tout problème présenté en horizontal contient un point d’appui vertical qui redonne du pouvoir, de la responsabilité et de la liberté de choix.

Architecture du raisonnement

1
Nommer clairement l’horizontal
Faire décrire aux participants comment ils racontent spontanément leurs difficultés : « le problème, c’est… », « ils ne comprennent pas », « le système ne suit pas ». Repérer avec eux que ce mode de récit tourne autour des autres, du système, du contexte, et très peu de ce que cela vient toucher à l’intérieur.
2
Montrer les limites de l’horizontal
Mettre en lumière que ce fonctionnement renforce la sensation de subir, de ne pas avoir de prise et d’attendre sans cesse que l’extérieur change. Aider à voir que plus on reste en horizontal, plus on s’épuise à parler, à se plaindre, à dénoncer, sans que le pilotage réel de sa vie, de son équipe ou de sa relation ne progresse.
3
Introduire la question verticale
Poser la bascule : au lieu de rester sur « à cause de qui ? », introduire systématiquement « qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? ». Préciser que cette question renvoie à des besoins, des valeurs, des peurs, des croyances, des habitudes ou des principes qui ont été construits et peuvent évoluer.
4
Revenir au pilotage intérieur
Une fois le point sensible repéré, ramener la personne à ce qu’elle peut décider, ajuster ou assouplir en elle pour ne plus dépendre entièrement de la réaction des autres ou du système. La verticalité consiste à développer la capacité de se gérer, de se positionner, de choisir et d’assumer les conséquences de ses choix, plutôt que de rester dans un non-choix qui entretient la souffrance.
5
Reposer l’usage de l’horizontal
Préciser que l’observation de l’extérieur reste utile : il ne s’agit pas de nier les contraintes ni les dysfonctionnements réels. Mais la méthode demande de ne pas s’y enfermer, de ramener régulièrement la discussion vers le vertical pour que les autres préceptes (perception, croyances, imaginaire, choix) puissent être activés concrètement.
Métaphore simple : l’horizontal, c’est tourner en rond autour du problème à l’extérieur ; le vertical, c’est aller voir en profondeur ce qui se passe à l’intérieur pour reprendre la main sur sa façon de vivre la situation.

Exemples à utiliser en séance

Exemple universel
Une personne répète : « le problème, c’est la société, les politiques, l’économie, on n’a plus aucune liberté ». En horizontal, elle détaille tout ce qui ne va pas dehors et multiplie les preuves que « le système » est responsable de sa situation. En vertical, on vient chercher : qu’est-ce que cette situation touche en moi ? un sentiment d’injustice, une peur de manquer, une croyance que « je n’ai pas de valeur si je ne rentre pas dans les cases », une difficulté à faire des choix et à assumer les conséquences.
Exemple professionnel
Dans une équipe de soins, les soignants disent : « la direction ne pense qu’aux chiffres, on nous utilise, on comble les trous, on n’est jamais considérés ». En horizontal, tout le récit tourne autour des décisions de la direction, des actionnaires, de l’organisation, de ce qui est imposé. En vertical, on va regarder : qu’est-ce que ça touche en vous ? le besoin de reconnaissance, la peur de dire non, la croyance qu’« un bon professionnel se sacrifie », l’habitude de se mettre dans la case « je suis là pour aider » sans se demander comment on s’aide soi-même.
Exemple famille / couple
Dans un couple ou une famille, quelqu’un répète : « je ne peux pas vivre ma vie à cause de lui / d’elle / des enfants ». En horizontal, toute la responsabilité de son mal-être est posée sur le comportement de l’autre, son tempérament, ses choix, ses réactions. En vertical, on vient interroger : qu’est-ce que je choisis de faire ou de ne pas faire ? de quoi ai-je peur si j’arrête de me sacrifier ? quelles croyances me maintiennent dans cette position (par exemple : « je n’ai pas le droit de partir », « si je pense à moi, je suis égoïste ») et comment je peux reprendre ma part de choix sans nier celle de l’autre.
Pour soutenir l’enfant

Quand l’enfant rencontre une difficulté, l’adulte aligné ne reste pas bloqué sur ce qui ne va pas autour de lui. Il se demande : « En attendant que l’extérieur change, qu’est-ce que je peux déjà lui transmettre pour qu’il retrouve de la stabilité et de la capacité ? »

  • Évite de nourrir uniquement la plainte sur le système, la note ou la situation.
  • Reviens à ce que l’enfant peut apprendre sur lui-même dans cette expérience.
  • Incarne une posture de responsabilité calme : « On ne contrôle pas tout, mais on peut apprendre à se piloter. »

Exercice central

Exercice individuel : basculer de l’horizontal au vertical

Proposer aux participants de partir d’une situation réelle récente où ils ont été fortement touchés (travail, famille, couple, contexte personnel).

1. Écriture en mode horizontal

Demander d’écrire la scène en décrivant : ce que l’autre (ou le système) a fait ou n’a pas fait, ce qu’ils lui reprochent, ce qui est perçu comme injuste, ce qui devrait changer dehors pour que cela aille mieux.

  • Qu’est-ce que je raconte spontanément ? à cause de qui ? à cause de quoi ?
  • Où est mon attention ? sur qui, sur quoi ?

2. Réécriture en mode vertical

Sur la même situation, proposer une seconde écriture à partir de la question : « Qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? ». Inviter à nommer les besoins, valeurs, peurs, blessures, croyances ou habitudes activés, puis à écrire ce qu’ils peuvent décider maintenant dans leur manière de se positionner.

  • Qu’est-ce que je ressens vraiment derrière ma colère, ma tristesse, ma fatigue ?
  • De quoi j’ai peur dans cette situation ?
  • Quelle phrase sur moi-même ressort de cette scène (« je suis… », « je ne suis pas… ») ?
  • Quel choix concret je peux faire, et quelles conséquences je suis prêt(e) à assumer ?

3. Partage et engagement

Proposer un partage en binômes ou en grand groupe, toujours sur base du volontariat, en autorisant aussi l’utilisation d’exemples observés à l’extérieur pour ceux qui ont besoin de sécurité. Clôturer par une phrase d’engagement personnelle : « Dans quelle situation précise vais-je m’entraîner à passer en vertical dans les jours qui viennent ? ».

Posture d’animation

Le cœur de la posture consiste à ne pas se laisser enfermer dans le récit horizontal du groupe. L’animateur écoute les faits et la réalité du terrain, mais ramène régulièrement au vertical en posant des questions sur ce que la situation vient toucher, sur les besoins, les peurs, les croyances et les choix possibles.
Dès que le discours se fixe sur « le système », « la direction », « les autres », l’animateur recadre en douceur : « Ok pour ce qui se passe dehors, et toi, qu’est-ce que ça fait bouger en toi ? ». L’idée n’est pas de contester les constats, mais de montrer la part de verticalité qui n’est pas encore travaillée et qui conditionne la marge de manœuvre réelle.
Il est important de différencier verticalité et culpabilisation : on ne dit pas « c’est de ta faute », on dit « c’est ton territoire de pouvoir ». L’animateur s’appuie sur les préceptes (verticalité, événement–perception–émotion, croyances, intention / attention, choix / non-choix…) et sur des exemples concrets pour faire émerger les incohérences sans juger la personne, mais en la ramenant à sa responsabilité de réponse.

Questions utiles en séance

  • Dans la manière dont tu racontes la situation, qu’est-ce qui parle de l’extérieur (les autres, le système, le contexte) ? qu’est-ce qui parle de toi ?
  • Si tu enlèves les noms des personnes et les circonstances, qu’est-ce qui reste comme besoin, comme peur, comme valeur touchée ?
  • Qu’est-ce que tu attends que l’autre fasse ou change pour que tu te sentes mieux ? qu’est-ce que tu pourrais faire évoluer en toi, indépendamment de sa réaction ?
  • Qu’est-ce que tu te racontes sur toi-même dans cette situation (« je suis… », « je ne peux pas… ») et d’où vient cette phrase ?
  • Quel choix concret tu as devant toi aujourd’hui ? qu’est-ce que tu gagnes à ne pas le faire ? à quoi tu devrais renoncer si tu le faisais ?
  • Si tu te positionnes en vertical, qu’est-ce qui change dans ta manière de voir cette scène ? dans ton niveau de tension ? dans ta façon de parler aux autres ?

Liens avec d’autres préceptes

Événement · Perception · Émotion
Le passage en vertical permet de déplacer le focus de l’événement extérieur vers la perception, les références et les croyances qui génèrent l’émotion. Horizontal : on sature sur l’événement et sur le comportement des autres ; vertical : on travaille la manière de lire la situation pour reprendre du pouvoir sur sa réponse.
Intention & Attention
En horizontal, l’attention est happée par ce qui ne va pas dehors et l’intention se réduit souvent à prouver qu’on a raison ou qu’on est victime. En vertical, on choisit consciemment où mettre son attention (sur ce que la situation touche en soi) et avec quelle intention (se comprendre, se repositionner, s’aligner), ce qui change la qualité de la présence et des décisions.
Survie vs Vie
Rester en horizontal entretient le mode survie : jugement, défense, lutte ou fuite face au contexte et aux autres. Passer en vertical ouvre le mode vie : on se met en gestion, on développe la maturité, on accepte de voir ses propres mécanismes pour adapter ses choix plutôt que de fonctionner uniquement en réaction.
Non-choix vs Choix
L’horizontal nourrit le non-choix : on se raconte que l’on n’a pas le choix à cause du système, des autres ou des circonstances. La verticalité oblige à regarder les choix réels, leurs conséquences et les renoncements qu’ils impliquent, ce qui remet chacun face à sa liberté et à sa responsabilité dans ce qu’il alimente ou laisse perdurer.
Thermomètre ou Thermostat
En horizontal, on reste thermomètre : on prend la « température » émotionnelle du système et on la renvoie telle quelle, en se plaignant de ce qui se passe dehors. En vertical, on devient thermostat : on pose sa propre température intérieure, on s’ancre, et on influence le système à partir d’un pilotage interne plus stable.

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