De l’horizontal au vertical
1. Identification du précepte
Ce précepte distingue deux axes de fonctionnement : l’axe horizontal (centré sur la recherche de coupables, le « c’est à cause de… ») et l’axe vertical (centré sur « qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? »). Il invite à passer d’une posture de blâme et de victimisation à une posture d’ancrage, de responsabilité et de compréhension de son propre fonctionnement interne.
2. Objectifs pédagogiques
Objectifs observables
- Expliquer avec ses mots la différence entre l’axe horizontal (blâme externe) et l’axe vertical (ancrage interne).
- Identifier, à partir d’un exemple vécu, s’il est en posture horizontale ou verticale.
- Reformuler au moins une situation professionnelle ou personnelle en passant de « c’est à cause de… » à « qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? ».
- Mettre en lien son axe de positionnement avec l’endroit où il place son attention et son intention.
3. Compétences / acquis
- Prendre de la hauteur sur une situation de tension en cessant de rester focalisé uniquement sur l’autre, le système ou le contexte.
- Ramener l’attention vers son monde intérieur (besoins, valeurs, blessures, croyances activées) pour retrouver une marge de manœuvre et de stabilité.
- Initier un déplacement de posture : passer d’une position de victime impuissante à une position d’acteur responsable de ses réponses.
- Contribuer à la capacité globale d’« être en gestion » plutôt qu’en réaction automatique.
4. Bénéfices concrets
- Diminution de la rumination centrée sur « les autres » (chef, collègues, partenaire, famille) et sur l’injustice subie.
- Meilleure compréhension de pourquoi certaines situations le touchent de manière disproportionnée et capacité à le nommer.
- Sentiment de reprendre du pouvoir sur sa manière de gérer et de réagir, plutôt que d’attendre que les autres changent.
- Possibilité d’ajuster son attention et son intention pour ne plus nourrir uniquement ce qui dérange à l’extérieur.
5. Contenus clés
- Attention tournée vers l’extérieur (l’autre, le système, les circonstances).
- Intention implicite : chercher un responsable, un fautif, un défaut à corriger dehors.
- Posture de blâme, de victimisation, de dépendance au comportement d’autrui.
- Sentiment d’impuissance, d’injustice, de frustration chronique.
- Attention tournée vers l’intérieur (valeurs, besoins, peurs, blessures, croyances).
- Intention : comprendre son propre fonctionnement, se réaligner, se positionner de manière plus juste.
- Recentrage sur sa responsabilité : comment je choisis de répondre à ce qui se passe.
- Posture d’ancrage, de discernement, de cohérence interne.
Clarification importante : passer en vertical ne nie pas la responsabilité éventuelle de l’autre. Il s’agit de sortir de la réactivité et de la dépendance du « mieux-être » avec l’extérieur, l’autre, le système, pour retrouver du pouvoir d’action sur soi.
6. Liens avec d’autres préceptes
- Mode Survie / Mode Vie : rester en horizontal entretient le mode survie (jugement externe, stress, tension permanente) ; passer en vertical favorise le mode vie (pause, ressenti interne, ajustement).
- Attention / Intention : en horizontal, l’attention reste fixée sur ce qui dérange à l’extérieur et l’intention est souvent de corriger ou de juger ; en vertical, attention et intention se réorientent vers l’intérieur, ce qui permet de réduire la charge émotionnelle et de donner plus de puissance à ce qu’on peut faire évoluer en soi.
- Contrôle vs Maîtrise : en horizontal, on cherche souvent à contrôler l’autre ou le contexte ; en vertical, on développe la maîtrise de soi et la régulation interne.
- Événement – Perception – Émotion : le passage en vertical permet de travailler sur la perception et les croyances plutôt que de subir uniquement l’événement.
- Système et positionnement : changer d’axe (vertical) revient à changer sa manière de se positionner dans le système plutôt que de tenter de modifier le système lui-même.
Les intitulés précis des autres préceptes peuvent être ajustés sans impacter cette logique de liens.
7. Exemples à utiliser en séance
Après une dispute, au lieu de rester sur « c’est toujours à cause de toi / de ta manière de parler », le regard se déplace vers ce que la situation vient toucher : peur de ne pas être respecté, besoin de reconnaissance, vieille blessure d’injustice…
Un manager se dit « mon équipe n’est pas engagée ». En posture horizontale, il reste fixé sur les torts des autres. En posture verticale, il regarde ce que cela active chez lui : besoin de contrôle, peur d’échouer, difficulté à poser un cadre clair…
8. Exercice central
Consigne : « Pensez à une situation récente où vous avez été très touché(e) (travail, famille, couple). »
Étape 1 – Version horizontale
Le participant écrit la situation en mode horizontal : ce qu’il reproche à l’autre / au système, où est son attention, quelle est son intention cachée (faire reconnaître une injustice, avoir raison, prouver que l’autre a tort…).
Étape 2 – Version verticale
Le participant réécrit la même situation en mode vertical : « Qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? Quelles valeurs, quelles peurs, quelles blessures ? Où je décide de mettre mon attention et mon intention maintenant ? »
Partage et ancrage (au choix du formateur)
- Partage en binôme ou en grand groupe proposé, jamais imposé.
- Possibilité de partager un cas personnel ou un exemple observé « de l’extérieur » pour plus de sécurité.
- Clôture par une phrase d’engagement : « Dans quelle situation précise vais-je m’entraîner à passer en vertical cette semaine ? »
9. Points de vigilance pour l’animation
- Ne pas laisser le groupe s’installer trop longtemps dans le récit des torts extérieurs : limiter le temps passé à détailler « qui a fait quoi » et revenir rapidement au précepte.
- Ramener régulièrement l’échange vers le fonctionnement interne et la responsabilité de réponse : reformuler les interventions en « qu’est-ce que ça vient toucher ? » et « qu’est-ce que tu peux en faire ? ».
- Ne pas confondre verticalité et culpabilisation : rappeler que l’enjeu est la lucidité et la marge de manœuvre, pas de décréter que « tout est de ta faute ».
- Veiller à ce que l’exercice reste un outil de compréhension et non un espace de justification : si le discours tourne en rond, proposer une reformulation ou passer à un autre exemple.
10. Indicateurs d’évaluation
- Le participant est capable de décrire spontanément, avec ses mots, la différence entre horizontal et vertical.
- Il peut citer au moins un exemple de situation où il a repéré qu’il était en horizontal.
- Il est capable de proposer une reformulation de cette situation en mode vertical.
- Il identifie au moins un contexte concret où il souhaite s’entraîner à passer en vertical dans les jours ou semaines à venir.